Nouvelles CSQ

Septembre-octobre 2000

Faits vécus


L'humour cruel
ou comment cultiver des enfants sans coeur

Cynthia Miron, Virginie Quirion et Fabiola Dion ne s'étaient jamais rencontrées. Toutes trois partageaient pourtant un avis similaire sur l'émission de télé Piment fort (1).

« Je ne trouve pas l'émission Piment fort très intelligente.(...) C'est dégueulasse. Vous devriez retirer cette émission, c'est une honte pour les personnes blessées. » 
- Cynthia Miron

« J'ai un petit conseil pour les gens qui font Piment fort : vous pourriez augmenter le niveau d'humour. Les gens qui vous écoutent sont beaucoup plus brillants que vous ne le pensez. » - Virginie Quirion

 

 

« À cause de vous, beaucoup de jeunes se moquent des sentiments des autres. (...) Dans ma classe, par exemple, il y a des garçons qui se foutent des gens. (...) Si tu as de la difficulté à l'école, tu ne lèves pas ta main de peur qu'on te dise des bêtises. (...) Réfléchissez avant d'agir. »
Fabiola Dion

 

Le 29 mai dernier, plus de 80 élèves du primaire et du secondaire participaient à la finale de l'activité d'écriture Solutions des jeunes au sexisme et à la violence (2). Parmi les situations soumises aux élèves du secondaire, on retrouvait « L'humour cruel ». Les mois d'hiver avaient été riches en rebondissements culturels bas de gamme. On se souviendra de la sortie de Daniel Pinard contre les préjugés homophobes véhiculés par Normand Brathwaite. Toujours est-il que la situation d'écriture a connu une certaine popularité auprès de plusieurs élèves du secondaire qui ont participé à l'activité.

On savait depuis longtemps que la télé étaient devenue plus violente. Les spectacles d'humour ont emboîté le pas à leur façon. Piment fort est probablement l'une des émissions qui cultive le mieux la cruauté. On remplit un petit auditorium de collégiens, on les « réchauffe » et puis on invite des « humoristes » - méritent-ils une telle épithète - à faire des blagues vicieuses sur des gens connus. C'est Brathwaite qui joue le maître de cérémonie et qui livre en pâture le nom des victimes. Le « penseur » - mérite-t-il un tel titre? - de l'émission se pense drôle parce qu'il dilate la rate des gens en les abrutissant. Il considère qu'il y a un prix à payer pour être vedette et il est convaincu qu'il a le droit de vomir n'importe quelle blague si ça lui chante. Il gagne sa vie. Et si vous osez vous attaquer à sa majesté, il vous accuse de censure. Guy A Lepage s'est porté à la rescousse de cet humour imbécilisateur. Cré Ti-Guy. Comme si la télévision et l'humour ne pouvaient pas élever les gens au lieu de les diminuer, de les écraser.

Questionné, Normand Brathwaite prétendait qu'il fallait protéger le style de l'émission, « ça doit rester une émission de bitchage ». À l'époque où les Noirs étaient esclaves, gageons que Normand aurait eu droit à des repas chauds pendant que l'on fouettait ses frères pour avoir tenté de s'évader. Nos deux sports nationaux, le hockey et l'humour, ceux qui alimentent la culture consommée par nos jeunes, sont aux mains de parasites insatiables, prêts à dépecer n'importe qui devant une caméra pour une bouchée de visibilité. La consommation de cette culture a des effets sur les valeurs inculquées aux jeunes.

Et s'ils tentent d'imiter ces parasites, gageons qu'un expert viendra bientôt nous expliquer, le plus sérieusement du monde, « que c'est la faute des parents qui n'élèvent plus leurs enfants et celle des professeurs qui se laissent tutoyer ».

La Révolution tranquille avait pour slogan « Qui s'instruit s'enrichit ». Le nouveau siècle proclame : « Imbéciles, à l'écran ».

Jacques Brodeur
Conseiller de la CSQ en éducation pour un avenir viable

  1. La première fréquente l'école polyvalente Curé-Mercure à Montréal, la deuxième l'école Saint-Pierre à Charlesbourg tandis que la troisième fréquente l'Académie Dunton à Montréal. 
  2. La participation à cette activité rend l'école éligible au statut EVB.  
 

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