«Je dessine un film qui m’a fait peur»
Commentaires de parents suite au dessin réalisé par
leur enfant
École primaire Pointe-Claire
Mars 2006
Dans le cadre de leur préparation au
DÉFI de la Dizaine sans télé, les élèves de la maternelle à 6e année
ont été invités à réaliser l’activité « Je dessine un film qui m’a fait peur ».
L’activité visait à faciliter l’expression du sentiment d’insécurité ressenti
par l’enfant et à briser la loi du silence entourant les inquiétudes, angoisses
et phobies provoquées par l’exposition à des scènes terrifiantes avant l’âge de
11 ans. Les dessins ont effectivement permis aux enfants d’exprimer leur peur,
une émotion que le jeune nord-américain s’habitue très tôt à taire, à
dissimuler, à banaliser, à ignorer. Cette culture de honte entourant la peur
nuit à la santé mentale et émotionnelle de l’enfant. Le fait de cacher sa peur
entraîne chez les enfants une désensibilisation et un faux sentiment de
sécurité. Certains enfants vont même jusqu’à se glorifier d’avoir été témoins
de scènes atroces. Dans certains cas, l’enfant cherche refuge dans son
imaginaire et se sécurise en s’imaginant incarner le rôle de l’agresseur, du
violeur ou du tortionnaire. La gravité du phénomène augmente avec le temps
d’exposition.
Le fait d’exprimer son sentiment avec
ses pairs et ses parents permet à l’enfant de se libérer de sa peur, de l’extérioriser, sans honte, sans crainte de
mal paraître. L’enfant a eu l’occasion de questionner ses parents pour savoir
s’ils avaient déjà eu peur suite à un film.
Après avoir réalisé leur dessin, les
enfants étaient invités à l’apporter à la maison accompagné d’une lettre aux
parents invitant ces derniers à porter attention au dessin de leur enfant. Les
parents nord-américains consacrent 38 minutes par semaine à converser avec leur
enfant alors que ce dernier voit son espace familial accaparé par la télé, les films,
les jeux vidéo et l’ordinateur durant plus de 25 heures par semaine. La lettre invitait
les parents à apprécier le dessin de l’enfant, à écouter l’enfant exprimer ses
sentiments et ses émotions suite à une exposition parfois traumatisante. La
lettre comportait un coupon détachable permettant aux parents de retourner
leurs commentaires à l’école. On trouvera ci-dessous les commentaires reçus. On
y retrouve des opinions diverses sur cinq aspects principaux touchés par
l’activité.
1) Appréciation de l’initiative de l’école de porter
attention à cette question
2) Responsabilité familiale concernant le sentiment de
sécurité des enfants
3) Temps d’exposition des enfants
4) Qualité de la communication entre parents et enfants
5) Difficulté d’encadrer l’exposition des enfants
Nous avons numéroté les
commentaires pour faciliter leur identification par les lecteurs.
1- Mon fils écoute des
émissions violentes, mais il n’a pas peur!
2- Félicitations, on
apprécie beaucoup l’effort de l’école sur ce sujet.
3- Je suis très contente
que vous ayez abordé ce sujet. Vous
avez totalement raison, il y a trop de violence dans les jeux et émissions pour
enfants.
4- Je suis heureux que
vous fassiez un effort. Je n’ai jamais considéré la violence dans les émissions
pour les jeunes. Ce mouvement va amener
une autre perspective et nous serons plus vigilants.
5- Nous apprécions que
l’école sensibilise les enfants à la violence.
Nous en avons discuté à la maison.
6- Nous sommes aussi
conscients de l’influence de la télé et tentons de faire des choix d’émissions
appropriées. Parfois les nouvelles sont terrifiantes!
7- Merci de votre
message. Notre enfant a un temps limite
pour regarder la télé et elle ne joue pas avec des jeux vidéo.
8- Nos enfants sont très
restreints au niveau de la télé. Nous n’écoutons que des émissions pour enfants
ou des films familiaux. Toutefois, il
est vrai que les enfants écoutent trop la télé et nous vous appuyons dans les
démarches pour réduire l’écoute de la
télé.
9-
Je trouve intéressant que mon enfant ait dessiné un film qu’il n’a jamais vu!
Pour lui, c’est toujours la même chose, il a peur de ce qu’il ne connaît pas.
C’est important de faire comprendre aux enfants la différence entre la violence
réelle et celle qui ne l’est pas pour qu’ils développent des stratégies si
jamais quelque chose arrivait. On ne vit pas dans une bulle et la technologie
continue d’évoluer. C’est important que les enfants trouvent un certain
équilibre à travers tout ça.
10- J’ai toujours détesté
les films comme ceux de «Friday 13th». Malheureusement, simplement écouter les
nouvelles est devenu épeurant, souvent les détails sont spectaculaires. Il faut
discuter avec les enfants pour voir et comprendre ce qu’ils observent.
11- Nous passons nos fins
de semaine à la campagne sans télévision pour éviter la télévision. On skie
durant le jour et on joue à des jeux le
soir. C’est très amusant!
12- Je suis d’accord avec
votre projet. Cependant, il est
difficile d’être vigilant lorsque mes enfants sont en visite chez leurs
amis. Nous en discutons à la maison par
la suite.
13- C’est bien que les
enfants aient la chance de discuter sur ce sujet. J’aimerais bien savoir ce
qu’ils en pensent.
14- Je suis extrêmement
d’accord, nous en sommes conscients, la situation est répandue
mondialement. Nous essayons de
combattre cette situation.
15-
Tout n’est pas mauvais à la télé ou dans les jeux vidéo, mais il faut en
discuter ensemble, lire un bon livre ou une bande dessinée, promener le chien,
jouer dehors, patiner ou aller se baigner à la piscine. Un esprit sain dans un
corps sain.
16- La violence est un
sujet qui devrait être discuté le plus souvent possible. Ce n’est pas seulement
dans les films, mais dans notre vie de tous les jours. C’est important que les
jeunes écoutent les nouvelles et lisent les journaux. Mais les parents et les
enseignants doivent leur expliquer l’impact dans la vie des autres et de notre
société.
17- Je suis d’accord, nous
devons éviter des films de violence.
18- Considérant l’âge de
mon enfant, il peut écouter les films et émissions que j’ai choisis. Si des fois, il a peur, on en parle.
J’essaie de le rendre conscient et responsable de ses choix.
19-
Il est intéressant de constater que même si une émission leur fait peur, ils
continuent de la regarder.
20- Le temps pour la télé
et les jeux est limité.
21- Je réalise que dans
les familles avec des frères ou sœurs plus âgés, on devient plus permissif. On
expose plus tôt les jeunes à des émissions qu’on ne permettait aux plus grands
quand ils étaient petits.
22-
La violence se trouve même dans les émissions pour enfants, comme dans Ramdam.
23- Nous faisons attention
aux films que nous louons. Je suis très favorable à ce projet.
24- J’aimerais que l’on
discute des dangers dans la vie de tous les jours.
25- Merci d’avoir initié
cette enquête. Cela nous a permis d’aborder un sujet auquel nous n’avions pas
forcément pensé.
26- Vous êtes sur la bonne
voie. Les parents doivent aussi faire le défi des 10 jours sans télé.
27-
Oubliez la télé! Mes enfants se font harceler et intimider dans la cour
d’école. Ils me disent que les
surveillants ne s’en occupent pas. Comme parent, c’est mon devoir de superviser
les choix de mes enfants. J’aimerais qu’on en fasse autant à l’école. Je n’y crois pas à votre tolérance. Mes enfants en sont la preuve.
28- Nous n’avons pas le
câble et nous limitons le temps d’écoute.
29- Merci et j’apprécie
que l’école donne un bon exemple.
30- J’espère que cette
initiative permettra aux enfants de regarder de moins en moins de films
violents à la télévision.
31-
Bravo pour cette activité! De plus, il est important que les parents montrent
l’exemple. Chez nous, la télé est fermée jusqu’à 21 heures. Les enfants ont développé des habitudes et
des activités. De plus, nous leur montrons à être critiques.
32- Au lieu d’écouter la
télé, ils devraient faire plus de sport.
33-
La télé n’est plus ce qu’elle était. On est loin de Bobino…
34- En tant que parents,
on doit surveiller et limiter ce que nos enfants regardent à la télé. Cette initiative devrait être reprise à
chaque année.
35- C’est important de
montrer à nos enfants à prendre des décisions. Je trouve que plusieurs parents
ne prennent pas leurs responsabilités en donnant des limites claires à leurs
enfants.
36-
Je suis bien d’accord, car les jeunes ont tendance à imiter ce qu’ils voient
sur les écrans.
37-
Félicitations pour cette belle initiative!
Nous avons eu de belles discussions avec nos garçons et ils sont
stupéfaits de réaliser à quel point la télévision et l’ordinateur sont
omniprésents dans le quotidien de leurs amis.
Ils font facilement le rapprochement entre le comportement de certains
et l’influence de la télé.
38- Merci de souligner ce
problème.
39- Nous encourageons nos
enfants à jouer plutôt que de regarder la télé.
40- Oui, il faut réduire
la consommation de la télévision.
41- Les valeurs de la
société diminuent et sont reflétées dans la télévision.
L’activité « Je dessine un film
qui m’a fait peur » n’a pas été utile qu’aux enfants. Elle a aussi permis aux
parents de se rapprocher de leur enfant et d’exprimer leur appréciation pour
l’approche utilisée par le personnel de l’école face au phénomène de la
consommation de télé. Cette approche conforte les parents qui se préoccupent
des risques qu’entraîne une consommation abusive et les aide à résister aux
pressions des enfants pour augmenter cette consommation.
Jacques Brodeur, consultant en prévention
de la violence, éducation à la Paix,
Éducation aux médias