| C'était
« un rendez-vous à ne pas rater ». Invité par
la direction, le Conseil d'établissement et le personnel, Jacques
Brodeur était à son poste, campé au milieu de la
bibliothèque, flanqué de sa fidèle assistante (Noisette,
sa petite chienne, discrète ce soir-là, mais dont l'art
de capter l'attention des enfants fait habituellement une précieuse
collaboratrice).
Dommage si vous avez manqué cette « conférence coup
de poing », car une grande mobilisation sera nécessaire pour
concrétiser le grand projet collectif dont nous pourrions faire
partie. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. Surtout qu'il
y a Internet, un outil bien utile quand on l'utilise à bon escient.
Lisez la suite et vous verrez.
Infatigable conférencier voué corps et âme à
la cause qu'il défend, M. Brodeur, qui visite des centaines d'écoles
par an depuis bien des années, est vite entré dans le vif
du sujet, menant la charge contre la violence chez les enfants. À
son instar, le portrait qu'il a brossé de la situation était
éloquent, et les exemples à l'appui de sa démonstration
souvent sidérants!
Les Faits
La violence juvénile augmente à un rythme galopant. Le
nombre de jeunes aux prises avec des troubles graves de comportement a
triplé en 15 ans. Pendant la même période, les crimes
violents ont connu une poussée chez les jeunes, augmentant beaucoup
plus vite que chez les adultes. De 0,78 % de la population scolaire en
1985, le nombre d'élèves ayant des difficultés de
comportement est passé à 2,5 % en 2000.*
À la télévision, les actes violents se sont multipliés
ces dernières années, surtout chez les télédiffuseurs
privés : leur nombre n'est pas loin d'avoir quintuplé depuis
1980 et les études montrent que les émissions pour enfants
en contiennent maintenant de 3 à 6 fois plus que les programmes
pour adultes! (88 % des actes d’agression arrivent maintenant avant
21 heures…)
Les enfants d’Amérique du Nord passent en moyenne 25 heures
devant le petit écran. Le temps passé à parler avec
leurs parents, en une semaine, est de l'ordre de… 38 minutes.
Le constat
Trois facteurs principaux peuvent selon M. Brodeur être invoqués
pour expliquer cette évolution inquiétante.
LES CHANGEMENTS DANS LA STRUCTURE FAMILIALE ces dernières décennies,
générateurs d'insécurité pour les enfants
: le taux de divorce aurait maintenant dépassé les 50 %.
Or, la perte d'un parent, l'éclatement de la cellule familiale
ou même la crainte que cela puisse arriver sont sans nul doute la
plus grande source d'angoisse qui soit pour un enfant.
LE MANQUE D'ENCADREMENT PARENTAL, qui est d'autant plus dommageable que
l'enfant a besoin que ses parents exercent sainement leur autorité
vis-à-vis de lui pour se développer et se structurer. Or,
à notre époque, l'autorité n'a pas trop la cote et
les parents semblent de plus en plus répugner à en faire
usage, face à des enfants qui ne savent que faire d'utile ou d'intelligent
avec leur toute-puissance.
L'EXPOSITION À LA VIOLENCE VÉHICULÉE PAR LES MÉDIAS
que les enfants subissent avec trop peu de recul. Cette violence répétée
rend les enfants anxieux et les diffuseurs ont appris à exploiter
cette inquiétude (particulièrement chez les garçons,
plus sensibles à la dialectique de la domination physique). Il
arrive même que des psychologues indignes de leur profession aident
les diffuseurs à cibler avec précision ces faiblesses en
vue de capturer l'esprit des enfants.
Les solutions
Cela commence par la parole. À l'école comme à
la maison, les écarts et abus de langage ne devraient pas avoir
leur place. Pour la violence verbale, ce devrait être tolérance
zéro. Il importe peu qu'on tutoie ou qu'on vouvoie son professeur,
ce qui compte, c'est que le respect ne soit pas optionnel.
Les parents devraient jouer leur rôle en établissant des
règles de vie et en les faisant respecter, en confiant des responsabilités
à leurs enfants, en faisant le plus possible d'activités
avec eux et en prenant le temps de les écouter. Encouragez vos
jeunes à communiquer et à verbaliser; aidez-les à
aiguiser leur sens critique. Devriez-vous les laisser libres sur la grande
toile, en mesure d'accéder à des perversités qui
vous choqueraient vous-même? Avez-vous une idée de ce qui
peut circuler dans leurs courriels? « Le gouvernement familial doit
reprendre le pouvoir ».
Cessons la surconsommation de télévision! N'avons-nous pas
mieux à faire?** Apprenons à nos enfants à discriminer
le contenu nocif des émissions et à prendre leurs distances
par rapport à la publicité. Les jeux vidéo ultraviolents
et défiant tout sens moral qui se retrouvent aujourd'hui aux mains
des enfants finissent par émousser leur sensibilité en gommant
la frontière entre fiction et réalité. Voici d’ailleurs
une phrase à méditer du psychologue américain Alfred
Grossman : « Videogames give kids the will, the skill and the thrill
to kill ».
Un autre point important est qu'on doit s'efforcer de projeter un idéal
de bravoure. M. Brodeur n'a pas trop eu le temps de développer
ce thème qui figurait dans le titre de la conférence, mais
être brave, c'est pour lui : oser dire non à la violence,
ne pas accepter le rôle de victime et s'interposer si on est témoin
d'une agression, CONSOLER ceux qui en ont besoin.
Le défi
Rendez-vous sur le site WWW.EDUPAX.ORG.
Outre une quantité d'informations intéressantes, on y trouve
tout ce qu'il faut pour relever le défi que lance aux écoles
M. Brodeur : la dizaine (de jours) sans télé ni jeu vidéo.
ALORS, ÊTES-VOUS GAME?
M. Brodeur n'a pas été invité pour rien. Une réflexion
est en cours (souvenez-vous des initiatives pour la prévention
de l'intimidation). Que se passera-t-il si « vous vous débranchez
» pendant dix jours? Vous pourriez être agréablement
surpris!
Tout ce qu'il faut pour démarrer, c'est une équipe de parents
et d'intervenants de l'école motivés. À nous de jouer.
Johan Wallengren
Papa de Sarah (classe de Jean-François) et d'Annika (classe d’Elourdes)
johwall@yahoo.ca
* Beaucoup de faits et chiffres ont été tirés d'un
rapport du Conseil supérieur de l’éducation (CSE)
qui peut être consulté à cette adresse : http://www.cse.gouv.qc.ca/f/gen/qdnf.htm
** Même la publicité s'y met : La collection Folio (Gallimard)
a récemment lancé au Québec une campagne prônant
« l'abstinence télévisuelle » en proposant une
« trousse de décrochage télévisuel »
avec tout achat de deux titres. Les slogans ne manquent pas de punch :
« Un Folio lu, une émission stupide pas vue » ou encore
« Une télé fermée, un enfant sauvé!
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