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Prévention de la violence en milieu scolaire

« Empathie + sens critique + liberté d'expression
= responsabilité citoyenne »

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RETOUR SUR LA CONFÉRENCE DE JACQUES BRODEUR

(LE LUNDI 21 FÉVRIER 2005, À L'ÉCOLE)
par Johan Wallengren


C'était « un rendez-vous à ne pas rater ». Invité par la direction, le Conseil d'établissement et le personnel, Jacques Brodeur était à son poste, campé au milieu de la bibliothèque, flanqué de sa fidèle assistante (Noisette, sa petite chienne, discrète ce soir-là, mais dont l'art de capter l'attention des enfants fait habituellement une précieuse collaboratrice).

Dommage si vous avez manqué cette « conférence coup de poing », car une grande mobilisation sera nécessaire pour concrétiser le grand projet collectif dont nous pourrions faire partie. Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire. Surtout qu'il y a Internet, un outil bien utile quand on l'utilise à bon escient. Lisez la suite et vous verrez.

Infatigable conférencier voué corps et âme à la cause qu'il défend, M. Brodeur, qui visite des centaines d'écoles par an depuis bien des années, est vite entré dans le vif du sujet, menant la charge contre la violence chez les enfants. À son instar, le portrait qu'il a brossé de la situation était éloquent, et les exemples à l'appui de sa démonstration souvent sidérants!

Les Faits

La violence juvénile augmente à un rythme galopant. Le nombre de jeunes aux prises avec des troubles graves de comportement a triplé en 15 ans. Pendant la même période, les crimes violents ont connu une poussée chez les jeunes, augmentant beaucoup plus vite que chez les adultes. De 0,78 % de la population scolaire en 1985, le nombre d'élèves ayant des difficultés de comportement est passé à 2,5 % en 2000.*
À la télévision, les actes violents se sont multipliés ces dernières années, surtout chez les télédiffuseurs privés : leur nombre n'est pas loin d'avoir quintuplé depuis 1980 et les études montrent que les émissions pour enfants en contiennent maintenant de 3 à 6 fois plus que les programmes pour adultes! (88 % des actes d’agression arrivent maintenant avant 21 heures…)

Les enfants d’Amérique du Nord passent en moyenne 25 heures devant le petit écran. Le temps passé à parler avec leurs parents, en une semaine, est de l'ordre de… 38 minutes.

Le constat

Trois facteurs principaux peuvent selon M. Brodeur être invoqués pour expliquer cette évolution inquiétante.
LES CHANGEMENTS DANS LA STRUCTURE FAMILIALE ces dernières décennies, générateurs d'insécurité pour les enfants : le taux de divorce aurait maintenant dépassé les 50 %. Or, la perte d'un parent, l'éclatement de la cellule familiale ou même la crainte que cela puisse arriver sont sans nul doute la plus grande source d'angoisse qui soit pour un enfant.

LE MANQUE D'ENCADREMENT PARENTAL, qui est d'autant plus dommageable que l'enfant a besoin que ses parents exercent sainement leur autorité vis-à-vis de lui pour se développer et se structurer. Or, à notre époque, l'autorité n'a pas trop la cote et les parents semblent de plus en plus répugner à en faire usage, face à des enfants qui ne savent que faire d'utile ou d'intelligent avec leur toute-puissance.

L'EXPOSITION À LA VIOLENCE VÉHICULÉE PAR LES MÉDIAS que les enfants subissent avec trop peu de recul. Cette violence répétée rend les enfants anxieux et les diffuseurs ont appris à exploiter cette inquiétude (particulièrement chez les garçons, plus sensibles à la dialectique de la domination physique). Il arrive même que des psychologues indignes de leur profession aident les diffuseurs à cibler avec précision ces faiblesses en vue de capturer l'esprit des enfants.

Les solutions

Cela commence par la parole. À l'école comme à la maison, les écarts et abus de langage ne devraient pas avoir leur place. Pour la violence verbale, ce devrait être tolérance zéro. Il importe peu qu'on tutoie ou qu'on vouvoie son professeur, ce qui compte, c'est que le respect ne soit pas optionnel.

Les parents devraient jouer leur rôle en établissant des règles de vie et en les faisant respecter, en confiant des responsabilités à leurs enfants, en faisant le plus possible d'activités avec eux et en prenant le temps de les écouter. Encouragez vos jeunes à communiquer et à verbaliser; aidez-les à aiguiser leur sens critique. Devriez-vous les laisser libres sur la grande toile, en mesure d'accéder à des perversités qui vous choqueraient vous-même? Avez-vous une idée de ce qui peut circuler dans leurs courriels? « Le gouvernement familial doit reprendre le pouvoir ».

Cessons la surconsommation de télévision! N'avons-nous pas mieux à faire?** Apprenons à nos enfants à discriminer le contenu nocif des émissions et à prendre leurs distances par rapport à la publicité. Les jeux vidéo ultraviolents et défiant tout sens moral qui se retrouvent aujourd'hui aux mains des enfants finissent par émousser leur sensibilité en gommant la frontière entre fiction et réalité. Voici d’ailleurs une phrase à méditer du psychologue américain Alfred Grossman : « Videogames give kids the will, the skill and the thrill to kill ».
Un autre point important est qu'on doit s'efforcer de projeter un idéal de bravoure. M. Brodeur n'a pas trop eu le temps de développer ce thème qui figurait dans le titre de la conférence, mais être brave, c'est pour lui : oser dire non à la violence, ne pas accepter le rôle de victime et s'interposer si on est témoin d'une agression, CONSOLER ceux qui en ont besoin.

Le défi

Rendez-vous sur le site WWW.EDUPAX.ORG. Outre une quantité d'informations intéressantes, on y trouve tout ce qu'il faut pour relever le défi que lance aux écoles M. Brodeur : la dizaine (de jours) sans télé ni jeu vidéo.
ALORS, ÊTES-VOUS GAME?

M. Brodeur n'a pas été invité pour rien. Une réflexion est en cours (souvenez-vous des initiatives pour la prévention de l'intimidation). Que se passera-t-il si « vous vous débranchez » pendant dix jours? Vous pourriez être agréablement surpris!

Tout ce qu'il faut pour démarrer, c'est une équipe de parents et d'intervenants de l'école motivés. À nous de jouer.

Johan Wallengren
Papa de Sarah (classe de Jean-François) et d'Annika (classe d’Elourdes)
johwall@yahoo.ca

* Beaucoup de faits et chiffres ont été tirés d'un rapport du Conseil supérieur de l’éducation (CSE) qui peut être consulté à cette adresse : http://www.cse.gouv.qc.ca/f/gen/qdnf.htm

** Même la publicité s'y met : La collection Folio (Gallimard) a récemment lancé au Québec une campagne prônant « l'abstinence télévisuelle » en proposant une « trousse de décrochage télévisuel » avec tout achat de deux titres. Les slogans ne manquent pas de punch : « Un Folio lu, une émission stupide pas vue » ou encore « Une télé fermée, un enfant sauvé! »


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